Lettre ouverte à Louis Pierre Wenes

Dans votre entretien du 24 septembre 2009 accordé au Nouvel Observateur, vous semblez nier la réalité de la crise sociale et dégagez votre responsabilité en évoquant une « monstrueuse manipulation » et « des médias instrumentalisés par des syndicats avant la campagne électorale CA ». Ceci est en contradiction avec l’émotion ressentie par l’ensemble des salariés et de leurs représentants, de l’opinion publique et de l’Etat, responsable de la politique du Travail et actionnaire principal de notre entreprise. Vos propos sont aussi en totale opposition avec la volonté du reste du Haut Management de repartir sur de nouvelles bases, selon les propos publics de Didier Lombard et d’Olivier Barberot.

Nous considérons que vous avez mis en place dans Opérations France, qui regroupent la majorité des salariés français du Groupe, un système de management portant les germes de la crise actuelle.

Ce système se caractérise par :

- une absence de considération des salariés en affichant que tout allait bien socialement et que « seuls les faibles ne peuvent pas suivre » ;
- une absence de considération des institutions représentatives du personnel en ne participant jamais aux réunions de ces instances ;
- un processus de décision hyper-centralisé, sans volonté de donner du sens et sans marge de manœuvre dans la prise en compte de la réalité locale ;
- la mise en place d’organisations du travail centralisées, conçues au mépris de ceux qui ont la connaissance du travail, donc du facteur humain, hyper-« processisées » dont le ratio efficience/coût humain est aujourd’hui négatif ;
- la mise en place d’objectifs inatteignables et de court terme ainsi que d’une pression insupportable par un « suivi à œillères » ;
- une dévalorisation et servilisation des Cadres sous la menace de placardisation cela en les mettant en situation de conflit entre leur loyauté légendaire à l’égard de l’entreprise et un management déshumanisé tel qu’enseigné à l’école du Management France ; cela aussi en les soumettant de façon dogmatique dégradante à une obligation de mobilité permanente ;
- un frein permanent dans les négociations, en particulier GPEC, avec un énorme gâchis de compétences ;
- une tentative de faire reporter sur ces mêmes Cadres votre responsabilité dans la cause de la crise et dans la gestion de ses conséquences.

Ces éléments et votre absence de discernement humain dans les problèmes qu’ils pouvaient engendrer, tel que vous l’exprimez notamment dans le Nouvel Observateur, sont une des causes profondes de la crise actuelle. Il aurait été préférable que vous sortiez de votre silence auprès des salariés et de leurs représentants, plutôt que d’essayer de justifier votre type de management dans les médias.

Votre déni de la réalité et le cynisme de votre discours sont en contradiction avec celui des autres représentants du haut management du groupe. Aujourd’hui, toutes les parties en présence savent qu’un des éléments essentiels pour sortir de la crise actuelle, est la reconnaissance par le haut management qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, particulièrement dans le périmètre placé sous votre responsabilité. La CFDT ne cherche pas de coupable, mais il va de soi que si vous ne partagez pas la décision exprimée par notre Président le DRH Groupe de procéder à la refondation sociale de l’entreprise, il est temps que vous choisissiez selon l’une de vos formulations entre « vous soumettre ou vous démettre ».

Xavier Major

Délégué Syndical Central CFDT

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